Les facteurs responsables de la dégradation de l’environnement Selon Paul Moral dans «Le Paysan Haïtien», la colonisation qui a enrichit la flore à Saint Domingue y avait également amorcé le déboisement, surtout après 1770 avec les progrès rapides et quelque peu désordonnés de la spéculation caféière. Les auteurs de la fin de la période coloniale dénonçaient déjà les méfaits de la déforestation des mornes. « Des forêts entières furent abattues pour céder leur place à l’arbuste qui semble qui semble s’être approprié toutes les montagnes de la colonie ». Après 1804, le déboisement allait prendre une allure dévastatrice. Tout au long de l’histoire haïtienne il y eut deux sortes de déboisement : un déboisement parasitaire d’origine urbaine, et un déboisement fondamental d’origine paysanne. Le premier s’est surtout manifesté par des coupes massives de bois d’œuvre et de bois tinctoriaux destinés à l’exportation (acajou, campêche, etc..) qui se sont poursuivis pendant environ un siècle jusqu’à épuisement quasi total des réserves. En 1887, les exportations de campêche (140 000 tonnes) se tenaient au premier rang avant même les exportations caféières.
A partir de l’époque de la première guerre mondiale l’exportation de bois a pratiquement cessé mais le déboisement d’origine urbaine a persisté au profit de la fabrication de la chaux, du charbon de bois, pour l’alimentation en combustible et en madriers des chemins de fer des plaines de l’Artibonite et du Nord, pour les besoins de la construction (bois d’étayage et bois d’œuvre) pour les usines de poteries et briquetteries et pour l’alimentation des guildives. Le déboisement d’origine paysanne a comme origine l’extension de la petite exploitation agricole à cause de la démographie. Des estimations sérieuses montrent qu’à partir de 25 habitants/kilomètre carré l’équilibre agricole risque de basculer, et qu’à partir de 35 hab/km2 c’est le système agricole lui-même qui est en péril. En Haïti, la densité de population est en moyenne de 200 hab/km2. Certaines zones agricoles atteignent jusqu’à 800 hab/km2. (Jean André Victor, 1997) L’impact de la production du bois énergie sur la dégradation de l’environnement rural est très mal connu malgré toutes les opinions fantaisistes qui circulent sur la question. Toutefois, les forces qui poussent vers la dégradation et qui se nomment pression démographique, pauvreté extrême et insécurité foncière sont bien connues. C’est pourquoi, il convient de distinguer entre la dégradation sans le bois énergie la dégradation par le bois énergie. (Jean André Victor, 1997) La dégradation sans le bois énergie intervient lorsqu’elle est pratiquée pour faciliter la plantation de caféiers, pour la récolte de bois d’œuvre destinés à l’exportation et pour permettre l’implantation de cultures vivrières. Cette déforestation combinée aux actions des pluies tropicales, à la forte proportion des pentes abruptes et à l’absence de pratiques conservationnistes produit l’érosion. L’accumulation des quantités énormes de sols dans les plaines à un rythme trop rapide provoque le mauvais drainage des sols qui en accumulant trop de sels conduit à la salinisation de ceux-ci. La salinisation des sols est un des principaux facteurs conduisant à la désertification. La dégradation par le bois énergie intervient lorsqu’on pratique la surexploitation de certaines aires de production, l’exploitation de la mangrove et de la montagne humide. Le fait de ne disposer d’aucune connaissance sur le potentiel de production durable de charbon de bois constitue aussi une forme de dégradation. En effet, les sites, les superficies, les rendements, les espèces et les fréquences de coupe sont totalement inconnus. (Jean André Victor, 1997) La fonction économique des arbres en Haïti En Haïti, malheureusement certaines des fonctions mentionnées plus haut prennent le pas sur d’autres. C’est le cas en particulier de la fonction économique. En effet, la production de bois pour la combustion est considérée comme le principal rôle économique des arbres en Haïti. Le bois sous forme directe ou transformé en charbon satisfait 72% des besoins énergétiques du pays estimé à 2 millions de tonnes équivalent en pétrole (TEP). Cette pratique énergétique constitue l’une des principales causes de déboisement des montagnes avec toutes les conséquences que l’on connaît. Malgré tous les avantages tirés de l’exploitation des ressources ligneuses d’Haïti (source de revenus pour une grande majorité de la population des villes et des campagnes, économie de devises fortes évaluées en dizaines de millions de dollars américains), il est évident que cette forme d’exploitation minière (les prélèvements sont de loin supérieurs aux régénérations) conduit le pays à une catastrophe écologique qui se manifeste déjà sous plusieurs formes (ensablement des barrages, lessivage des sols fertiles, obstructions des canaux de drainage, inondation des parties basses, sécheresse prolongée, etc…) La pression exercée sur les arbres Pour faire face aux besoins en combustibles ligneux, le pays est obligé d’abattre chaque année 12 millions d’arbres ce qui équivaut à une consommation oscillant entre 3.4 à 4.05 millions de tonnes de bois de feu (1.326.000 et 1.580.000 de tonnes d’équivalent en pétrole). De ce total 37% sont prélevés pour être convertis en charbon de bois dont la quantité varie entre 250 et 280.000 tonnes chaque année. (Voir tableau 1 et tableau 2) Chaque année, entre 550 à 650.000 tonnes de bois de feu et environ 525.000 tonnes de bagasse sont consommés par les petites entreprises commerciales (boulangeries, dry-cleanings, restaurants populaires, confitureries, cassaveries) et industrielles1 (petites entreprises agroindustrielles de la canne à sucre, huiles essentielles). D’autres sources d’énergies telles le diesel, le GPL, le fuel oil, et l’électricité sont utilisées pour des activités secondaires mais le bois de feu reste la source d’énergie principale. Il n’existe malheureusement pas un inventaire exhaustif du bilan énergétique de ces entreprises, les différentes estimations ont cependant classé l’industrie de la canne à sucre (principalement les guildives utilisant le sirop comme matière première) et les boulangeries comme les plus importants consommateurs de bois de feu. Ce combustible qui devient de plus en plus cher à cause de sa rareté, est utilisé de façon très inefficace contribuant ainsi à aggraver les problèmes de déforestation du pays. L’utilisation du bois de feu est faite sans compensation. Ni les consommateurs, ni les institutions concernées n’ont pensé à l’aspect renouvellement de la ressource à travers un programme de production rationnelle de bois énergie qui pourrait compenser ces prélèvements annuels importants. Le bois de feu utilisé dans les petites entreprises et l’industrie traditionnelle constitue donc l’une des causes de déforestation du pays (Moran et all. 1989). Le charbon de bois dans la société haïtienne Le charbon de bois reste en Haïti le combustible de cuisson par excellence. On estime que 80% de la demande en charbon de bois provient du secteur domestique le reste étant consommé par le secteur commercial informel constitué en grande partie par les restaurants de rues. Le charbon de bois est utilisé comme combustible de cuisson dans les villes par 92% des ménages dont 62% l’utilise comme source unique d’énergie de cuisson. C’est le combustible dominant de tous les groupes socio-économiques, cependant son usage est en voie d’abandon par les classes les plus riches (les 20% les plus riches ne sont plus que 2 sur 5 à l’utiliser comme combustible principal), Les utilisateurs de charbon de bois comme combustible unique consomment de l’ordre de 0,44 kg de charbon par personne et par jour. En tenant compte des utilisations secondaires de charbon, la consommation domestique de charbon de bois, tous ménages confondus, peut être estimée entre 0,36 kg et 0,42 kg par personne et par jour pour l’ensemble de la population de la capitale, soit une consommation domestique totale pour Port-au-Prince approchant 160 000 tonnes (ESMAP 1990). Les statistiques collectées de différentes sources à des époques différentes ont montré que la quantité de charbon de bois consommée a considérablement augmenté entre 1979 et 1990. Une baisse est néanmoins amorcé depuis 1995 résultant d’une part de la rareté des arbres (ce qui rend le charbon de bois plus cher) et d’autre pat de la baisse du revenu des ménages (ce qui réduit la fréquence des plats chauds préparés au sein des familles). C’est l’explosion du phénomène des restaurants populaires dit «mangékwit». Les actions à entreprendre et les solutions proposées Le système écologique d’Haïti arrive donc à
un carrefour où des mesures correctives sont impératives
et nécessaires. Ces mesures doivent toutes viser la réhabilitation
de l’environnement qui elle-même doit passer par l’arrêt total
de l’exploitation des arbres comme combustible principalement dans les
zones écologiques les plus sensibles et par le reboisement intensif
de tout le territoire national en commençant par les régions
montagneuses les plus élevées. Ces mesures doivent s’accompagner
d’un programme de substitution d’énergie principalement dans
le secteur des ménages et des petites et moyennes entreprises où
le bois constitue le principal combustible.
Méthode
de cuisson très inefficace (restaurant de rue)
Par exemple, en termes de bilan thermique pur il est préférable de consommer directement du bois plutôt que du charbon de bois. Dans le cas d’Haïti une économie annuelle immédiate de 50% du bois consommé dans le pays est possible. Il faudrait naturellement utiliser des équipements appropriés.(voir tableau 3). A Port-au-Prince et dans les villes secondaires, il faudrait mettre sur le marché le réchaud à kérosène à flamme bleue, ainsi que des réchauds efficaces au GPL. Le tableau 4 montre les rendements susceptibles d’être obtenus à partir de ces équipements. Dans le reste du pays mettre sur le marché un réchaud amélioré au bois dont la mise au point, dans l’état actuel des recherches en cours, doit être finalisé. De plus, il faudrait modifier les méthodes de fabrication du clairin et du rapadou dont le processus permet de disposer d’un combustible, la bagasse, actuellement non utilisé dans la plupart des cas. Il en est de même pour les cassaveries, les boulangeries, les restaurants populaires, les confitureries et la distillation des huiles essentielles.(voir tableau 4) Les activités commerciales et industrielles utilisant le bois de feu et le charbon de bois comme source d’énergie sont nombreuses et constituent une source importante de consommation de combustible. L’exode rural ainsi que la diminution des revenus des familles contribuent à augmenter leur ampleur. 1 Une étude commanditée
par le Fond de Développement Industriel (FDI) et datée de
1997 a évalué à 5,612 unités le nombre d’ateliers
de transformation de la canne disséminés sur tout le territoire
national. Ces ateliers sont répartis comme suit : 2100 unités
transforment la canne en rapadou; 3000 ateliers produisent du sirop de
canne; et 512 distilleries produisant du clairin soit à partir du
vesou ou du sirop de canne.
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