Comment ces facteurs ont ils influencé la structure de consommation des combustibles de cuisson en Haïti? Mode de consommation des ménages ruraux et urbains Divers travaux conduits dans le cadre de projets de reforestation sur la consommation rurale de combustibles mettent en évidence que le bois de feu est quasiment le seul combustible utilisé en milieu rural pour la cuisson des aliments et les besoins connexes. Diverses estimations des quantités consommées donnent des chiffres convergeant autour de 500 kg. de bois de feu par personne et par an. Ce bois, est dans la majeure partie des cas, collecté gratuitement par les paysans sur leurs terres. Dans certaines régions cependant, notamment dans les zones de grandes cultures comme la canne à sucre ou le vétiver, on note l’apparition d’une commercialisation rurale du bois de feu, parfois même pour l’usage domestique. L’usage du charbon de bois est relativement marginal et concentré dans quelques zones de grande production charbonnière. ![]() Parmi les autres combustibles, le gaz occupe une place particulière dans la mesure où 40% des ménages urbains sont actuellement équipés en réchauds ou cuisinières à gaz et plus de la moitié soit 25% l’utilise comme combustible principal. Les autres combustibles (bois de feu, kérosène et électricité) sont utilisés par une fraction marginale de la population soit moins de 10%. Plus du tiers de ce pourcentage est attribué à l’électricité utilisé par les classes pauvres des bidonvilles qui ont adopté ce combustible pour la cuisson à cause de son mode d’acquisition (branchement illégal non facturé). Promotion de Sources Alternatives d’Énergies Eu égard d’une part au déséquilibre croissant existant entre l’offre et la demande d’énergies, à l’échelle globale du pays et, d’autre part, aux incidences nocives de l’accélération du processus de déboisement sur l’environnement national, la promotion de sources locales et externes d’énergies, alternatives au bois de feu et au charbon de bois, se révèle une voie stratégique obligée, devant permettre, à terme, de faire face aux besoins internes de consommation, tout en préservant les maigres réserves ligneuses encore disponibles en Haïti. Dans cette optique, l’emphase devra être mise en particulier sur: - La valorisation des ressources énergétiques nationales telles que le lignite, les résidus agro-industrielles et les brisures de charbon de bois1 . - L’utilisation rationnelle de la biomasse, tant par l’amélioration des systèmes d’exploitation et de carbonisation que par la vulgarisation de foyers améliorés dans les résidences. - L’application de mesures concrètes (incitations), favorables à l’expansion de l’utilisation d’autres sources d’énergies de substitution entre autres: le gaz de pétrole liquéfié (GPL). Le kérosène, le diesel, le fuel oil, etc..., aussi bien dans l’industrie que dans les ménages. - La recherche et la vulgarisation de technologies exploitant des sources d’énergies nouvelles et renouvelables2 dont l’énergie solaire, l’énergie éolienne, le biogaz etc..., Comment économiser l’énergie de cuisson Il y a deux façons d’économiser l’énergie : a) à petite échelle en appliquant des règles d’utilisation établies par le fabricant ainsi que des techniques rationnelles de cuisson, c’est la méthode dite individuelle; b) à grande échelle en mettant au point une politique publique appropriée qui tienne compte à la fois du marché des combustibles et des équipements appropriés ainsi que du contexte socioéconomique de la population cible. C’est la méthode dite collective. Dans les deux cas, l’utilisateur est l’acteur principal et sa participation constitue la garantie du succès de l’opération. Telle que structurée, le système énergétique d’Haïti permet seulement d’agir sur l’économie d’énergie à petite échelle. Chaque utilisateur peut en effet décider d’adopter le combustible et l’équipement de cuisson qui lui convient. Il peut aussi décider d’adopter le mode de cuisson qui lui convient. Cependant, parmi tous les modèles d’équipements, les type de combustibles, et les pratiques de cuisson existantes certaines ne favorisent pas les économies d’énergies. Le tableau ci-dessus montre les différents paramètres dont il faut tenir compte dans le choix des combustibles de cuisson en fonction des différentes sensibilités du consommateur.Combustible de cuisson et paramètres susceptibles de guider le choix des consommateurs Combustible de cuisson et paramètres susceptibles de guider le choix des consommateurs
Les chiffres indiquent par ordre croissant le niveau du paramètre pour chaque combustible considéré Par exemple en matière de coût, l’utilisation des résidus agricoles du bois de feu, de l’énergie solaire et du kérosène revient bon marché. Cependant le niveau de confort varie considérablement. Par contre, l’électricité, le GPL et le biogaz coûtent très chers mais donnent un niveau de confort élevé. Ces exemples montrent qu’il est important que le consommateur soit en mesure de bien prioriser les critères sur lesquels reposer son choix. Coûts comparés des combustibles de cuisson Une comparaison des coûts économiques de ces divers combustibles révèle que dans le contexte actuel le kérosène est la solution la plus économique (à condition de l’acheter à la pompe) suivi par le charbon de bois (acheté par sac), ensuite par le gaz et enfin par l’électricité. Cette dernière est à déconseiller dans toute stratégie d’énergie de cuisson dans le cas d’Haïti. Ce type d’usage est irrationnel en matière en d’efficacité énergétique théorique pure. La situation réelle n’est pas tellement différente que la situation théorique. On voit en effet que plus le rendement du réchaud est élevé plus le confort obtenu est élevé, mais les coûts sont aussi élevés. Pour renverser une pareille tendance, c’est à dire favoriser l’utilisation de substituts au charbon de bois les pouvoirs publics doivent nécessairement intervenir. On sait en effet que parmi les combustibles de substitution le kérosène est en meilleure position en ce qui concerne les coûts à l’utilisation, cependant ce combustible ne représente pas le meilleur choix du consommateur. Certains lui reprochent d’être difficile à allumer (dans le cas de certains modèles de cuisinières) et de laisser son odeur sur la main et dans les aliments. Le gaz en revanche attire bon nombre de consommateurs à cause du niveau de confort fourni, cependant le coût est très élevé pour les usagers. Ceci est dû au fait que les prix payés actuellement pour le gaz ne reflètent pas les coûts économiques réels de ce produit. Pareille situation plaide en faveur de l’action collective en vue de ramener le prix de ce combustible à la portée de la grande majorité des consommateurs. En effet, certaines actions de politique telles, la réduction des coûts du transport et de stockage, l’ouverture du marché à la concurrence réelle etc.. peuvent ramener le gaz à un niveau plus favorable que le kérosène. On voit donc qu’une politique publique rationnelle peut faire de ce combustible la meilleure alternative pour la pays non seulement à Port-au-Prince mais aussi dans les villes de province où le charbon de bois est meilleur marché que dans la capitale. Économiser l’énergie dans les ménages implique donc une conjonction d’actions. Le consommateur doit d’abord être bien informé sur les combustibles et les équipements en vue de faire le meilleur choix car une fois l’équipement choisi, l’utilisateur est du même coup prisonnier du combustible qui lui est associé. Ils sont rares les équipements qui permettent d’utiliser plusieurs combustibles à la fois. Le premier investissement une fois consenti il est difficile de changer l’équipement acheté vu le niveau des débours consentis, le consommateur reste donc attaché au combustible en question malgré tous les problèmes (fluctuations fréquentes des prix à la hausse, coûts élevés à l’entretien, rareté dans l’approvisionnement, etc.). C’est pourquoi, les ménages dotés d’installations mixtes sont en grand nombre c’est une façon pour eux d’amortir le choc représenté par les variations brusques des prix des combustibles importés. En fonction de l’objectif visé les pouvoirs publics doivent aussi s’impliquer en vue d’une part, d’informer le consommateur pour lui permettre de guider son choix et d’autre part, de favoriser la pénétration sur le marché du meilleur combustible pouvant permettre de concrétiser la politique visée par le pays. 1/ Si l’on observe de près le contenu d’un sac de charbon de bois tel que la détaillante l’ouvre au moment de sa vente par petits lots, l’on se rend facilement compte d’une perte voisine de 10% sur chaque sac de 50 livres entré à Port-au-Prince. (Carbonisation et Briquetage de Résidus Agricole en Haïti. Novembre 1994) 2/ L’expérience
du Centre las Gaviotas de Colombie peut servir comme projet pilote dans
ce domaine.
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