Le charbon végétal provient principalement, pour ne pas dire exclusivement du bois, lequel constitue une ressource naturelle renouvelable. Tout autant que la vitesse de renouvellement de la ressource est supérieure à sa vitesse de consommation, il n’y a aucun danger du point de vue écologique. Autrement dit, la forêt, le bosquet, l’ensemble bocager, l’arbre isolé constituent un capital qui fournit une production annuelle déterminée. Si l’on se contente de consommer la production sans toucher au capital, tout va bien. Mais, dès qu’on touche au capital, on épuise progressivement la ressource. Rappelons que le bois couvre 1% des besoins énergétiques dans les pays riches, 75% en Afrique tropicale et équatoriale, 6,2% dans le sud-est Asiatique et en Océanie, 2,9% en Amérique du Sud et 9% en Chine, en Amérique Centrale ou dans les Caraïbes. Le bois couvre dans notre pays 71% des besoins énergétiques. Ce qui fait d’Haïti un cas aberrant en Amérique. C’est l’Afrique tropicale dans la Caraïbe. L’humidité, la densité et la superficie spécifique sont les propriétés physiques les plus importantes du charbon de bois. L’humidité du bois influe beaucoup plus sur le rendement obtenu que la nature de l’espèce concernée. Plus l’humidité du bois est grande (supérieure à 20%), moins le rendement est élevé. La densité apparente du charbon végétal varie entre 0,17 et 0,50 g|cm3 tandis que la densité réelle (poids|volume du charbon sans les espaces lacunaires) peut osciller entre 1,5 et 2,0 Kg|dm3. La différence observée entre la densité apparente et la densité réelle reste une conséquence du pourcentage élevé de pores rencontrés dans le charbon. La superficie spécifique varie entre 1 à 2 m2 /g. Le charbon dit actif accuse une superficie spécifique relativement élevée. Les propriétés chimiques du charbon végétal sont fonction de la matière première utilisée, de la température de carbonisation et des techniques de production. La teneur en carbone qui varie de 72 à 89%, reste de loin, la propriété la plus significative. Le charbon renferme également 2 à 6% d’hydrogène, 4 à 41% d’oxygène et 0,2 à 0,4% d’azote selon la température de la pyrolyse. Le pouvoir calorifique demeure aussi une propriété importante qui augmente avec le contenu en carbone. Pour des températures de carbonisation comprises entre 450 et 6000 C, le pouvoir calorifique peut tourner autour de 7500 Kcal / kg. On parle de pouvoir calorifique inférieur quand on laisse échapper à l’air libre les gaz provenant de la combustion et de pouvoir calorifique supérieur quand de tels gaz sont recueillis sous une forme condensée. 5. Utilisation du Charbon de Bois Si le charbon de bois est bien connu comme source d’énergie, peu de gens savent qu’il peut donner lieu à diverses formes d’utilisation les unes plus importantes que les autres. L’industrie des filtres met à profit la capacité du charbon à absorber certains gaz polluants. Le Génie sanitaire utilise le charbon végétal comme matériel anti-contamination. L’industrie pharmaceutique l’emploie comme anti-flatulent et dans l’absorption des substances toxiques. La carbonisation permet en outre de recueillir un grand nombre de produits volatils comme le méthanol, l’acide acétique et l’acétone. La fabrication de briquettes de charbon végétal dans des fours appropriés permet de recueillir ces gaz volatils dont la combustion produit de la vapeur, elle-même utilisée dans la production de l’électricité. Les technologies utilisées dans la production du charbon de bois cherchent à maîtriser des facteurs comme la vitesse de carbonisation, la durée de la pyrolyse ou le mode de dégagement des gaz produits durant la combustion. Il existe différents systèmes de classification des technologies utilisées basées sur des critères tels que la nature de l’isolant utilisé pour éviter la combustion accélérée du bois, la source de chaleur employée pour sécher et brûler le bois, la durée de la pyrolyse, les instruments utilisés ou le volume de production obtenu. Une classification très simple distingue les entreprises artisanales (meules traditionnelles, fosses de terre, etc.), les entreprises semi-industrielles (four brésilien-four Missouri, four Schwartz-etc.) et les entreprises industrielles (four Lambiotte-four Lurgi- four Pillard-etc.). Le marché international du charbon de bois intéresse aussi
bien les pays développés que les pays en voie de développement.
Dans les premiers, le charbon végétal est surtout utilisé
à des fins non-énergétiques à l’exception de
la fraction consommée dans les barbecues. Le marché
du charbon actif est en hausse dans le monde. La production
de charbon de bois en France est passée de 20 000TM/ an en 1977
à 60 000 TM en 1983. Les exportations de l‘Espagne qui étaient
de 20 000 TM en 1979 ont atteint un maximum de 90 000 TM en 1983 avec une
tendance à la hausse. Le Brésil emploie de préférence
le charbon végétal dans son industrie métallurgique.
On estime à 400 millions de mètres cubes par an la quantité
totale de bois carbonisé dans le monde. La production de charbon
de bois du Sénégal est évaluée à 200
000 TM par an. En Thaïlande,
II. LE CAS PARTICULIER D’HAITI. Compte tenu de tout ce qui vient d’être dit, pourquoi alors, la
production de charbon de bois est-elle un cauchemar en Haïti? Pourquoi
le charbonnier est-il méprisé chez nous? Pourquoi la
production nationale de charbon de bois accélère-t-elle immanquablement
la dégradation de l’environnement?
Quand on parle de charbon de bois en Haïti, on parle d’un chiffre d‘affaires de plus de US $65 millions et d’une force de travail de plus de 150,000 emplois. En guise de comparaison, le chiffre d’affaires des GPL ne dépasse pas US $6 millions et celui du Kérosène ne va pas au delà de US $3 millions. Les revenus tirés de l’exploitation charbonnière sont distribués entre des milliers de gagne-petits contrairement à ce qui se passe dans d’autres sous-secteurs de l’énergie ou les bénéfices profitent seulement à un petit groupe. Aujourd’hui, le pays consomme environ 300,000 TM de charbon de bois
ou 117,000 Tonne Equivalent Pétrole (TEP). Les 300,000 TM
de charbon ou 1,5 million TM de bois de feu représentent 37%
de la consommation nationale de bois de feu évaluée à
4 millions de tonnes. Les 2,5 millions TM restants sont consommés
par les ménages ruraux, les boulangeries, les blanchisseries et
les distilleries (guildives) qui sont en fait les plus gros consommateurs
de bois de feu. Toujours est-il que la production du charbon de bois
est en hausse. Elle était de 124,000 TM en 1983, cela fait
bien un taux d’accroissement de 6 % l’an. Le décret
de 1987 fait obligation aux entreprises de production de biens et de services
qui consomment les 63% de l’offre totale de bois de feu d’utiliser un combustible
de substitution mais cette prescription légale est restée
lettre morte. En jouant de la carotte et du bâton, ce décret
aurait pu être appliqué sans trop de savoir. Mais il
eût été préférable qu’il soit mis
La stratégie nationale de gestion durable du charbon de bois pourrait prendre quatre orientations fondamentales basées sur des options interdépendantes et complémentaires : 3.1 Faire du charbon de bois un produit stratégique Les crises répétées du pétrole et les convulsions qui les accompagnent commandent de privilégier chez nous l’utilisation des énergies renouvelables. Au nombre de ces dernières, figure en tête de liste le charbon de bois, du moins pour les 20 prochaines années avant d’être supplanté par l’hydro-électricité, le vent, le solaire, le biogaz ou autres types d’énergie nouvelle. L’ennemi ce n’est pas le charbon de bois per se. L’ennemi, c’est notre manière de gérer la production du charbon de bois. Il est possible d’utiliser la production de charbon de bois pour sauver l’environnement et promouvoir le développement durable. Seulement, cette production doit être durable. Si la production du charbon végétal est durable, il n’y a pas de choix plus sage et plus rationnel pour un pays comme Haïti que de produire massivement du charbon de bois. Au lieu de décourager la production du charbon végétal, il faut l’encourager et proclamer sa production d’intérêt public. ( Un pays comme Haïti, cela veut dire un pays moins avancé qui importe à la fois du pétrole et des céréales ). 3.2 Produire du charbon de façon durable Ce qu’il faut décourager et même bannir, c’est la
production du charbon de bois telle qu’elle se pratique actuellement.
Le système actuel de production de charbon de bois provoque la dégradation
de l’environnement par une gestion écologiquement non-durable :
il surexploite les aires naturelles de production du charbon i.e. les zones
semi-arides; il exploite la mangrove qui devrait être protégée
et il dégrade la montagne humide qui est une source de biens agricoles,
de biodiversité et de revenus pour l’écotourisme.
Produire de façon durable exige la mise en place de plantations
de bois de feu exploitées rationnellement. Des projets dendro-énergétiques
(ainsi qu’on appelle les plantations de bois de feu) ont été
élaborés durant ces vingt dernières années
pour le Nord-Ouest, la Savane désolée, le Nord-est et l’île
de la Gonave avec ou sans assistance externe. Ces projets
3.3 Plus de charbon pour moins d’arbres A part le fait que le système actuel de production de charbon
de bois détruit directement l’environnement, il constitue une source
énorme de gaspillage des ressources naturelles. Si les rendement
obtenus dans les meules traditionnelles de production tournent, fort heureusement,
autour de 20%, force est de reconnaître que leur productivité
demeure relativement basse par rapport aux technologies améliorées.
Ces dernières permettent de produire plus de charbon avec moins
d’arbres. Utiliser des fours améliorés pour la production
semi-industrielle et industrielle du charbon de bois à partir d’une
matière première tirée de plantations dendro-énergétiques,
recueillir les gaz provenant de la pyrolyse pour la production d’électricité,
former et informer les charbonniers, tout ceci est plus rentable que l’organisation
périodique de tables rondes, de séminaires et d’ateliers
de travail pour parler de dégradation de l’environnement et de programmes
de substitution du charbon par les GPL Et, c’est alors
3.4 Moins de charbon pour plus d’aliments Il est réconfortant de constater que certaines activités
de recherche ont été enregistrées dans ce domaine,
que des
En conclusion, il est temps d’élever, en plein Champ de Mars,
une statue à la mémoire du charbonnier de jadis pour bien
montrer qu’il y a une ère qui finit et qu’une nouvelle va commencer
avec le charbonnier de demain qui sera un industriel intéressé
à l’intégration horizontale et verticale de l’entreprise
de production. Le charbonnier actuel n’est pas le responsable de
nos malheurs puisqu’il est un bourreau qui exécute une sentence.
L’auteur intellectuel du crime lèse -environnement, ce sont nos
élites. La réparation des torts causés à
l’environnement doit donc venir des élites dans le sein duquel doivent
sortir les nouveaux charbonniers. Il demeure entendu que le problème
énergétique étant global, la solution à ce
problème doit aussi être globale.
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