| Cette Conférence a offert aux 300 experts et décideurs
politique du monde entier (il y a eu des délégués
venus de 64 pays, dont Haïti) l’opportunité d’échanger
leurs connaissances et expériences, de présenter les projets
en cours, d’exposer leurs modèles de cuiseurs solaires et de s’informer
sur les opportunités de financement dans le domaine.
Les expériences
partagées par d’autres pays
Le délégué haïtien représentant
le Bureau des Mines et de l’Energie (BME) a eu l’opportunité d’apprécier
les efforts réalisés dans ce domaine par d’autres pays dont
les conditions écologiques et démographiques sont similaires
à celles d’Haïti. Nous voulons ici en relater quelques uns.
Au Sénégal où le processus de désertification
est aussi avancé qu’en Haïti, la gestion du programme de reforestation
se fait par la communauté elle-même. Cependant, parallèlement
au programme de reforestation le Gouvernement subventionne le GPL et fait
la promotion de l’énergie solaire.
Au Costa Rica, le Gouvernement fait la promotion de l’énergie
solaire pour la cuisson et le chauffage à l’aide de show itinérants
et de séminaires. Des séances de formation à l’usage
des cuiseurs solaires ont été organisées au sein des
communautés. Des séminaires ont même été
organisés dans d’autres pays tels que la République Dominicaine
et le Pérou.
En Inde les premiers tests de cuisson solaires remontent aux années
50. Cependant, la réticence de la population à accepter les
cuiseurs solaires n’a pas permis une forte pénétration. C’est
seulement après la crise pétrolière et suite à
l’apparition de nouveaux modèles, que le niveau d’acceptation a
beaucoup augmenté. Dans les zones rurales où les cuiseurs
solaires sont acceptés, la consommation de charbon de bois a diminué
notablement. Le pays est doté maintenant de 14 magasins débitant
des équipements et articles solaires. Des cuiseurs solaires
équipés de réflecteurs paraboliques sont utilisés
un peu partout et peuvent être achetés à raison de
$200 l’unité. Le représentant de l’Inde a fait état
d’une installation constituée de panneaux solaires paraboliques
alimentant une ligne de foyers ou circulent de la vapeur d’eau surchauffée
ou de l’huile, transmettant la chaleur à des cuiseurs où
les mets sont préparés en 20 à 25 minutes.
L’énergie solaire est aussi utilisée pour chauffer l’eau
et sécher des produits. A titre d’exemple des panneaux solaires
totalisant 572 m2 ont permis de sécher dans une usine 15 à
20 tonnes de produits par jour.
Au Kenya, dans trois (3) camps de réfugiés, d’habitudes
d’alimentation et de cuisson différentes, la technologie de cuisson
solaire est acceptée comme méthode alternative pour la préparation
des repas. Ceci a permis d’économiser 1 kg de bois/famille/jour,
quantité qu’elle ne pourrait jamais collecter dans le voisinage
puisque la population locale ne le permettrait pas.
Les cuiseurs solaires sont généralement difficiles à
accepter. C’est ce que révèle une enquête menée
auprès de cinquante mille familles en Inde, l’un des pays
où la technologie solaire est la plus répandue.
Les avantages et inconvénients
de la cuisson solaire
La technologie solaire ne permet pas à elle seule d’éradiquer
la pauvreté. Elle permet de réduire la dégradation
de l’environnement par la réduction de la demande en charbon de
bois et en bois de feu. Elle diminue donc la pollution par la réduction
des émissions de gaz carbonique. Elle permet aussi d’épargner
le temps, consacré à la recherche du bois. Cependant,
l’énergie solaire, vu son intermittence, nécessite toujours
une énergie d’appoint qui, en milieu rural, n’est autre que le bois.
Il faut donc planter des arbres, en particulier ceux qui fixent l’azote.
La couverture végétale fixe plus d’atomes de carbone par
photosynthèse que ceux émis au moment de la cuisson.
Financement des projets
solaires
La communauté Internationale parait disposée à
supporter le développement de la cuisson solaire. Au cours de cette
conférence mondiale nous avons appris que des fonds sont disponibles
pour des projets solaires aux Nations-Unies. Les demandes doivent
être présentées par les représentants
permanents des pays auprès des Nations-Unies à New-York.
La Convention de LOMÉ, qui inclut 78 pays, comprend un chapitre
consacré à l’énergie. Dans le cadre de la nouvelle
Convention, actuellement en renégociation, l’accent sera mis sur
le développement durable, l’intégration de l’économie
mondiale, l’efficience énergétique ainsi que la contribution
à la solution des problèmes de pauvreté : éducation,
création d’emploi.
La Banque Mondiale à travers l’International Finance Corporation
(IFC) et le GEF a consacré à de petits projets, des fonds
qui peuvent atteindre jusqu’à US$ 1 million.
Perspectives
En cette période où le Bureau des Mines et de l’Energie
met les bouchées doubles dans la campagne de promotion des sources
d’énergie propre et sans danger pour l’environnement, notre participation
à la Conférence Internationale sur la cuisson solaire nous
a permis de mesurer les progrès déjà accomplis par
d’autres pays dans le domaine de la technologie solaire. Nous avons
aussi constaté que la communauté internationale est enfin
décidée à aider les plus pauvres à faire entrer
dans leurs habitudes de cuisson cette source d’énergie qui ne coûte
absolument rien mais qui leur est actuellement inaccessible pour diverses
raisons. L’utilisation de cette source d’énergie nécessite
un investissement initial et une technologie appropriée pour lesquels
une assistance technique et économique est nécessaire.Cependant,
il est regrettable que les firmes multinationales intervenant dans l’exploitation
et la commercialisation des énergies fossiles ne participent pas
à ce mouvement car l’énergie solaire ne pourra jamais
remplacer complètement les autres formes d’énergie de cuisson
à cause de facteurs liés à la disponibilité
en tout temps de l’énergie et aux habitudes de cuisson en cours
dans les communautés ciblées.
Conclusions et Recommandations
En définitive, l’utilisation de l’énergie solaire pour
la cuisson contribuera notablement à réduire les émissions
de gaz à effet de serre et favoriser le développement des
puits de carbone (en l’occurrence les forêts).
Dans le cas d’Haïti, où les conditions d’ensoleillement
sont nettement favorables, beaucoup d’efforts restent à faire pour
introduire l’énergie solaire dans les habitudes de cuisson de la
population. Il est vrai qu’il faut disposer d’espace non couverts,
ce qui n’est pas courant en milieu urbain. Cependant, le cuiseur
solaire pourrait être utilisé toutes les fois que les conditions
sont réalisées (toit des maisons, clairières dans
les cours des habitations) où que l’on se trouve obligé
de le faire (manque d’argent pour le charbon ou le gaz). En tout
état de cause, il y a deux (2) fonctions dans les habitudes haïtiennes
où l’énergie solaire convient mieux que le charbon ; ce sont
:
a) Le chauffage et/ou la stérilisation de l’eau (pour le
bain et les boissons spécialement pour les nourrissons) ;
b) La cuisson du haricot sec (crevé pwa sek) où la présence
de la cuisinière n’est nullement nécessaire à côté
du cuiseur. Cette activité consomme beaucoup d’énergie
surtout en l’absence de marmite à pression.
Il est souhaitable qu’Haïti ne reste pas à l’arrière
dans cette prise de conscience internationale exprimée dans la
Déclaration de Varèse qui a été adoptée
par tous les participants. |