| Des efforts ont été faits pour introduire la technique
des cuiseurs solaires en Haïti et essayer d’en tirer les avantages
potentiels, cependant il apparaît que sur le plan de l’utilisation
pratique de nombreux obstacles apparaissent. Ils sont liés aux heures
auxquelles on fait la cuisine et aux conditions dans lesquelles on la fait.
Dans cet article nous allons essayer de voir comment ce mode de cuisson,
qui sur le plan technique est à peu près au point,
peut être intégré aux besoins énergétiques
des ménages en Haïti.
La technique des cuiseurs
solaires
Les cuiseurs solaires utilisent l’énergie solaire, souvent en
concentration faible, pour cuire les aliments. Ces cuiseurs peuvent généralement
cuire plusieurs types d’aliments adéquatement lorsqu’il y a du soleil.
Les cuiseurs sont généralement de trois types:
- Le cuiseur type “boîte isolée” utilise
une plaque de verre double pour laisser passer l’énergie solaire
sur le chaudron utilisé comme corps absorbant. Le verre double diminue
les pertes de chaleur par convection. L’efficacité de ce cuiseur
peut être augmentée en ajoutant un réflecteur et en
positionnant le cuiseur suivant la course du soleil.
- Le cuiseur type parabolique concentre les rayons solaires sur un point
focal localisé sous le chaudron. Sous un ensoleillement direct,
ce cuiseur peut atteindre des températures plus élevées
que le cuiseur type “boîte isolée” mais l’utilisateur doit
le positionner constamment face au soleil et son degré de technicité
est plus élevé,
- Les cuiseurs à capteurs plans, performants mais chers.
En général, les caractéristiques de toutes ces
filières connaissent un développement rapide, dans tous les
domaines (techniques, ergonomiques, sécurité) de plus, les
prix de vente descendent lentement vers des montants accessibles pour des
ménages de classe moyenne. Ceci étant dit, il faudra encore
beaucoup de travail pour que ces cuiseurs soient suffisamment performants
et polyvalents pour supporter une comparaison avec d’autres outils ménagers.
Leur succès commercial est à ce prix.
Les contraintes liées
à l’utilisation des cuiseurs solaires en général
Ces cuiseurs pourraient diminuer grandement la consommation de bois
et de charbon de bois comme carburant pour la cuisson mais leur utilisation
demande des modifications importantes de la préparation des aliments
et leur mode de cuisson. Ainsi ces cuiseurs ne peuvent être utilisés
que le jour, lorsqu’il y a un bon ensoleillement. Les températures
de cuissons sont relativement faibles (entre 125 à 175 oC) et les
temps de cuissons longs. Le goût des aliments est différent.
Leur utilisation est compliquée et peu pratique. Comme pour
la plupart des sources et techniques énergétiques des choix
sont nécessaires en vue de tirer le maximum d’avantages de la technique
de cuisson solaire. Par exemple, les cuiseurs solaires sont plutôt
à utiliser en cuisine collective car les contraintes sont différentes
de celles de la cuisine individuelle pour laquelle les obstacles sont vraiment
nombreux. Il est aussi nécessaire de faire un choix judicieux des
besoins à satisfaire par l’énergie solaire. Il est
très pratique en effet de satisfaire les besoins de pasteurisation
de l’eau par cette source ainsi que la cuisson de certains mets qui ne
nécessitent aucune attention tels les pâtes alimentaires,
le pain, les biscuits, les gâteaux et les pâtés.
Ces contraintes sont surtout évoquées dans des régions
où le bois de feu est encore accessible aux populations et ceci
même lorsque sa production n’est plus soutenable. Une adaptation
aux changements d’habitude est plus facile aux communautés qui sont
déjà affectées par la rareté du bois de feu
et qui en paient déjà le prix.
Les avantages et inconvénients
de la cuisson solaire
Dans bien des régions, le bois de feu est devenu une denrée
rare, au point où des investissements en cuiseurs économes
se justifient largement et s’amortissent rapidement – une situation assez
rare dans le domaine des énergies renouvelables. Souvent ces mêmes
régions bénéficient également d’un ensoleillement
intéressant. Mais ce n’est pas toujours le cas dans tous les pays
en développement. Les projets de cuisson solaire, humanitaires ou
commerciaux, devraient s’implanter préférablement dans des
régions “favorables”, au lieu de s’installer dans des contrées
où il y a des saisons de pluies interminables et aucune pénurie
de bois de feu. Dans un contexte de pénurie de bois de feu
le coût du cuiseur devient secondaire face aux économies réalisables
avec des mécanismes de crédit adaptés. En résumé,
pour la cuisson solaire, ce n’est pas l’aspect économique qui représente
le principal blocage mais bien le changement des usages culinaires, des
habitudes gustatives et des pratiques culturelles.
Le défi de la cuisson
solaire
Face à tous ses avantages potentiels : environnement (réduction
de la déforestation), santé des femmes et des enfants (élimination
des émissions toxiques du bois de feu), économiques (remplacement
du combustible là où il devient hors de prix), la cuisson
solaire doit encore faire ses preuves et transformer le dit potentiel en
avantages réels à grande échelle. Au vu de tous
ces enjeux liés à la diffusion de cuiseurs solaires, il est
important de présenter cet outil technologique fonctionnel qui n’a
pas connu l’approche socio-économique correspondante.
Mis à part certaines applications spécifiques (utilisation
dans des camps de réfugiés, des centres de santé),
les efforts pour introduire les cuiseurs solaires dans les sociétés
traditionnelles ont été, la plupart du temps, peu réussis,
il doivent maintenant être intégrés dans des lieux
d’usages plus généralisés. Actuellement, les programmes
d’utilisation de fours améliorés pour réduire la consommation
de charbon de bois ou de bois de feux et l’utilisation de poêle
au biogaz et au gaz naturel ont probablement plus de chance de succès
commercial.
Conclusion
Tout récemment encore, la cuisson solaire était une affaire
d’enthousiastes: les uns la considéraient comme la solution idéale
de la crise du bois de feu avec toutes ses ramifications, les autres la
décriaient comme l’une des arnaques qui affligent les pauvres des
pays en développement. Depuis peu, le brouillard commence à
se lever, les promoteurs de la cuisson solaire se fixent des buts plus
réalistes, des tests comparatifs et des essais réalisés
en 1994 à Alméria/Espagne (SYNOPSIS)1 permettent une appréciation
plus objective de la valeur des modèles proposés, des essais
sur le terrain de différents types de cuiseurs ont été
réalisés1, les premiers investissements – encore timides
– de type industriel font renaître l’espoir de voir le cuiseur solaire
se transformer de cadeau humanitaire en outil solaire bien adapté
pouvant conduire à une filière préindustrielle et
commerciale.
Extrait en partie du Guide de l’énergie solaire
“Le solaire thermique au service du développement durable” de l’Institut
de l’énergie des pays ayant en commun l’usage du français
(IEPF) et du Réseau International d’Energie Solaire (RIES)
1/Deuxième essai international de cuiseurs
solaires. Comité Européen pur la recherche sur la cuisson
solaire (CERCS)
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