Du
point de vue légal. Selon les articles 7 et 8
du décret du 7 juillet 1987 réglementant
l’utilisation du bois-énergie en Haïti, «
l’utilisation du bois comme combustibles à des fins
agro-industrielles est déclarée en voie d’extinction
» et un délai de 6 mois a été accordé
à ces entreprises pour « transformer leur système
de brûleur afin de pouvoir utiliser d’autres combustibles que le
bois ». Malheureusement le crédit de modernisation
prévu à l’article 9 n’a jamais été rendu
disponible. (ce décret a été publié dans
son intégralité dans le numéro 12 de synergies).
![]() Du point de vue technique. L’efficacité avec laquelle l’énergie est transformée et utilisée en Haïti a été étudié dans le bilan énergétique national. Cette étude a révélé qu’environ 12% des approvisionnement bruts en énergie sont consommés et perdus au cours des processus de conversion. La perte la plus importante se produit au niveau de la production de charbon de bois. D’autre part, le bois de feu est utilisé avec une efficacité très faible par le consommateur final, soit de 7 à 15%, ce qui représente moins de la moitié de l’efficacité moyenne estimée avec laquelle tous les autres combustibles sont utilisés en Haïti. Ceci indique la possibilité de réaliser des économies considérables de la consommation du bois de feu par la dissémination de technologies améliorées et efficaces. Du point de vue écologique. En 1988, le stock ligneux sur pied a été estimé à quelques 37 millions de mètres cubes réparti sur 2.8 millions d’hectares (zones forestières et agricoles confondues)2 . Tenant compte des caractéristiques des essences forestières, la formation annuelle forestière et agro-forestière serait de l’ordre de 1.4 million de mètre cube. Du coté de la demande, la consommation annuelle estimée de bois de chauffe atteint les 5 millions de mètre cube dont, environ 40% soit plus de 2 millions de mètre cube de bois sont convertis en charbon de bois. Les prélèvements sont près de quatre fois supérieurs à la production annuelle ce qui entraine un déficit qui se traduit par un déboisement accéléré du couvert végétal du pays, lequel est passé de 60% de la superficie du pays en 1923 à 18% trente années plus tard. Actuellement, ce couvert forestier serait de moins de 2%. Cette pratique, vieille de plusieurs siècles, qui consiste à exploiter irrationnellement les ressources ligneuses d’Haïti, provoque une disparition progressive de celles-ci3 . Comme conséquence de cette disparition, le potentiel des terres agricoles diminue de jour en jour et les catastrophes liées aux eaux de ruissellement (inondations des plaines et des parties basses des villes, destructions des routes et des ouvrages de drainage, etc..) prennent de plus en plus d’ampleur. Chaudière traditionnelle à bois pour boulangeries Du point de vue économique. L’utilisation de combustibles et d’équipements alternatifs dans les petites entreprises peut apporter les avantages suivants : moins de pertes de production, moins de main d’œuvre et un coût moins élevé de combustible. Lorsque les crédits seront disponibles, du capital peut aussi être mis à la disposition des entrepreneurs leur évitant ainsi de disposer de leur propre capital pour faire l’acquisition d’un équipement alternatif efficace. Conclusion Le système écologique d’Haïti arrive donc à un carrefour où des mesures correctives sont impératives et nécessaires. Ces mesures doivent toutes viser la réhabilitation de l’environnement qui elle-même doit passer par la diminution considérable de l’exploitation du bois de feu principalement dans les zones écologiques les plus sensibles et par le reboisement intensif de tout le territoire national en commençant par les régions montagneuses les plus élevées (rappelons que les trois quart du territoire d’Haïti sont montagneux). Ces mesures doivent s’accompagner d’un programme de substitution d’énergie principalement dans le secteur des ménages et des petites et moyennes entreprises où le bois constitue le principal combustible. L’état de dégradation de l’environnement d’Haïti appelle tous les acteurs à l’action de telle sorte que la conjugaison des efforts puisse aboutir à des résultats concrets. 1/ Bilans énergétique annuels du Bureau des Mines et de l’Energie 2 Source BDPA Carte d’affectation des sols basée sur une étude réalisée en 1982. 3/Selon Haïti : Statistiques environnementale , PNUD /ECMU 1986 la couverture végétale serait de 1.44%. 4/ Women’s energy need with reference to workload, cooking system and health. Stockholm, Sweden, June 2002.
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