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Bulletin quadrimestriel de la Care-Haïti et du Bureau des Mines
et de l'Energie |
Août
2001
numéro
10 |
Le Kérosène
est-il si mauvais que ça?
Tous ceux qui ont utilisé
les fours à kérosène peuvent témoigner d’une
manière ou d’une autre des mauvaises expériences faites avec
ces équipements. Qu’il s’agisse des manœuvres pour l’allumage,
de fuite de liquide à cause d’un trou dans le réservoir du
réchaud ou d’une bouchon mal fermé, du reversement inattendu
du kérosène au moment de remplir le réservoir du réchaud,
les problèmes sont nombreux. Pire encore sont les accidents liés
à l’opération du four lui-même, tels une soudaine remontée
de la flamme ou même l’épanchement soudain du kérosène
sur toute la surface de la cuisine sans raison apparente ou encore Des
difficultés d’allumage à cause d’un vent trop fort. Autant
de contrariétés qui ont donc contribué à maintenir
vivant les préjugés échafaudés autour des fours
à kérosène malgré les progrès
techniques réalisés sur les équipements à kérosène
modernes qui ont contribué à les rendre fiables, faciles
à utiliser et très propre.
Modèle Cubain
de réchaud à kérosène pressurisé par
gravité (1.5 mètre au desus du brûleur)
Comment expliquer que le
kérosène soit devenu de moins en moins populaire?
Dans beaucoup de pays
le gaz et l’électricité sont les choix privilégiés
des consommateurs, cependant l’augmentation de leur utilisation est très
liée à l’augmentation des revenus dans les résidences.
Il a été donc difficile d’augmenter de façon substantielle
les ventes de gaz et d’électricité et les résidences
restent encore dépendant du charbono u du bois de feu pour la cuisson.
Le kérosène d’un autre côté a été
rarement pris en compte à cause de son histoire passée. Dans
la grande majorité des cas, ce sont les
pauvres qui continuent
à utiliser les combustibles traditionnels tels le charbon de bois,
le bois de feu et les résidus agricoles, parce que le passage à
un combustible moderne nécessite beaucoup d’argent. Dans beaucoup
de cas, le problème le plus sérieux demeure l’indisponibilité
de la quantité d’argent nécessaire au moment opportun parce
que les circonstances empêchent aux intéressés de mettre
de côté assez d’argent pour couvrir ce besoin. Les pauvres
n’ont souvent pas accès aux banques et quand cela est possible les
services sont mauvais et les attentes longues. Garder de l’argent à
la maison est risqué, il peut être volé ou mal dépensé.
Une récente enquête parmi les femmes pauvres en Haïti
a montré que 67% d’entre elles gardent leur argent dans une boite
secrète 23% utilisent une forme d’épargne informelle et seulement
3% utilisent les institutions formelles telles les banques commerciales.
Il n’est donc pas étonnant qu’elles aient de la difficulté
à collecter les fortes sommes d’argent nécessaires à
l’acquisition d’un réchaud à gaz ainsi que les accessoires
tels régulateurs et bonbonne qui en définitive coûtent
l’équivalent du salaire mensuel de cette catégorie d’individus,
même s’il s’agit d’un réchaud aussi bon marché que
le Bip ti chéri.
Combien coûtent les
combustibles à ceux qui disposent de peu d’argent?
En plus du fait que les ménages
pauvres trouvent difficilement les moyens de payer le coût intégral
des équipements, ils sont dans la plupart des cas ceux qui achètent
le combustible en petites quantités. Nous avons remarqué
qu’en Haïti la majorité des ménages achetant du charbon
de bois sur une base journalière paient l’équivalent de 35US
centimes par kg. En comparaison les ménages à revenu moyen
paient environ 20 US centimes par kg pour chaque achat de 2 sacs
de charbon de 35 kg, et enfin pour
les ménages riches
qui peuvent se rendre dans les campagnes à bord de leurs voitures
ils peuvent payer jusqu’à 7 centimes de dollars par kg.
Dans les pays où la
déforestation est sévère, les coûts par unité
de charbon et de bois de feu ne présentent plus aucun avantage comparatif
avec le prix de gaz et du kérosène comme c’était le
cas il y a dix (10) ans. Ce n’est dons pas une surprise que les ménages
les plus pauvres paient plus chers pour cuire leurs aliments que les ménages
riches.
En Haïti, les ménages
qui achètent le charbon de bois sur une base journalière
dépensent jusqu’à 2.5 fois plus d’argent par année
pour la cuisson que les ménages riches utilisant le gaz. En ce qui
concerne le kérosène l’écart est plus grand, de l’ordre
de 3.5 fois plus. Les ménages les plus pauvres sont désavantagés
de deux (2) manières:
Modèle Colombien de
réchaud à kérosène (pressurisé par pompe)
-
Ils sont obligés
d’utiliser des foyers traditionnels, inefficient et bon marché
-
Ils paient un coût
par unité plus élevé pour le combustible consommé.
Les réchauds à
charbon et à bois améliorés peuvent aider à
réduire substantiellement la quantité d’argent dépensé
en combustible et peuvent aussi agir significativement sur la réduction
de la déforestation de façon limitée. L’utilisation
des réchauds à gaz est en progression mais nécessite
cependant plus d’efforts en particulier au niveau du système de
crédit et de la récupération du coût des équipements
à travers l’augmentation du prix du gaz.
Les réchauds à
kérosène : le centre du problème?
Si les réchauds à
kérosène possèdent un avantage de marché aussi
indiscutable pourquoi sa popularité n’est elle pas plus grande?
Les raisons de ce blocage résident dans le réchaud lui-même.
Des modèles à bon marché de conception pauvre
et non adaptés aux conditions locales sont encore disponibles en
grande quantité, on peut trouver sur le marché haïtien
des modèles à mèche conçus et produits en Asie
qui ne sont pas assez larges pour supporter les chaudières haïtiennes,
et ne produisent pas assez de
puissance pour cuire les
aliments rapidement comme c’est le cas pour les foyers à charbon
traditionnels. Dans d’autres pays Caraïbéens on peut
trouver exceptionnellement de très bons réchauds à
kérosène qui ressemblent et fonctionnent comme des réchauds
à gaz (voir figure 1 et 2). Dans ces réchauds
à kérosène pressurisé (modèle
à pompe ou à gravité) le kérosène est
préchauffé dans un bec la vapeur qui en résulte est
injecté dans une tubulure ouverte d’où elle est mélangée
avec de l’air. Ce mélange
passe à travers une
série de trous minuscules ou fentes semblables à ceux observés
dans les brûleurs à gaz standard et là on obtient une
combustion à flamme bleu semblable en tout point à celle
produite par un four à gaz. Les tests de laboratoire indiquent
que ces types de réchauds accusent des rendements supérieurs
à 55% avec un rapport de puissance maximale sur minimale qui peut
monter jusqu’à quatre. Le prix du modèle à double
brûleur peut atteindre un niveau aussi bas que US $25, tandis qu’en
comparaison le modèle à double brûleur à gaz
le plus simple peut coûter jusqu’à US $75.
Ces réchauds à
kérosène modernes ont aussi l’avantage de pouvoir être
fabriqué localement dans des petits ateliers. Le prix
peut ne pas baisser mais l’avantage additionnel réside dans
le fait qu’ils peuvent être réparé sur place et à
bon marché lorsqu’il y a lieu de remplacer des pièces usagées.
Les réchauds à
kérosène et l’environnement
Les réchauds à
kérosène disposant d’un système de combustion propre,
peuvent contribuer à moyen terme à réduire les émissions
des ménages qui sont dangereuses pour les cuisinières, leurs
familles et l’environnement. Bien que la biomasse soit considérée
comme potentiellement favorable à l’environnement, l’utilisation
qu’on en fait actuellement est particulièrement dangereuse parce
que les types de foyers utilisés (feu ouvert, foyers à trois
pierres) produisent un niveau très élevé de monoxyde
de
carbone et de particules.
Tenant compte des progrès réalisés dans la technologie
de conversion de biomasse (fours et réchauds) ces émissions
devraient considérablement baisser. Cependant, la diffusion de tels
équipements prendra beaucoup d’années. La gamme actuelle
de foyers à kérosène à combustion propre est
beaucoup plus efficiente en terme d’utilisation de combustible que les
foyers préposés à la combustion de biomasse et sont
susceptibles de produire une quantité d’émissions moindre
par unité d’énergie produite. Partout où le coût
du kérosène se révèle plus avantageux
que celui du gaz la promotion de son utilisation vaut certainement la peine
surtout comme
substitut au charbon de bois.
1 Article publié
en 1998 en anglais dans le numéro 41 de la revue Boiling Point édité
par la GTZ. Traduction de courtoiseie par Wilfrid Saint Jean
mines-energie@publi-tronic.com
© BME
et OLADE
Port au Prince Haïti
11/04/02
cette page: http://www.olade.org.ec/haiti/synergie/numero10/kero.html
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