| Quid des programmes de
diffusion de réchauds améliorés?
L’objectif est le sauvetage d’arbres et de forêts, avec tous les
aspects écologiques qui le soutendent. On peut, avec des calculs
alambiqués, essayer de montrer combien d’arbres seront épargnés,
et quel est le coût de leur remplacement. Mais, d’un point de vue
scientifique, ou arithmétique, cela reste de l’ordre d’une estimation
brute, du non mesurable. On peut aussi, et c’est ce qui se fait le plus
souvent, donner comme mesure du succès d’un tel programme, tout
simplement le nombre de réchauds vendus. Pourtant, ce n’est pas
non plus une mesure suffisante. En revanche trois points permettraient
de mieux mesurer l’impact d’un tel programme : la permanence des réchauds
après quelques années de mise en oeuvre ; l’impulsion que
le projet donne pour des changements ultérieurs ; la compréhension
par la population de l’importance du projet.
Ces trois aspects sont d’ailleurs liés. Si l’activité
n’est pas regardée comme significative par les gens eux-mêmes,
elle a peu de chance d’atteindre la permanence. Si elle ne permet pas d’impulsions
pour des évolutions ultérieures, elle n’aura qu’un impact
ponctuel.
Avant de lancer un programme...
La clé de toute l’économie sociale est d’essayer de comprendre
les processus de décision des divers groupes, les ressources auxquelles
ils ont accès et les contraintes auxquelles ils ont à faire
face.
Dans le cas des producteurs par exemple, l’économie classique
présumera que la considération clé pour un entrepreneur
est d’investir ou pas. Ce qui suppose accès au crédit et
profit maximum comme motivations. Mais ces considérations n’ont
pas lieu d’être dans le secteur informel : les processus de prise
de décision de l’artisan réchaulier peuvent varier d’un village
à l’autre et leur compréhension nécessite une relation
de travail très proche.
Il existe un risque non négligeable, lors de l’élaboration
d’un projet de diffusion de réchauds améliorés, de
privilégier une production centralisée, tellement plus facile
à quantifier. Pourtant, c’est vraisemblablement la production localisée
qui réussira à long terme parce que c’est elle et elle seule
qui est susceptible d’être significative (sur l’emploi), permanente,
car pouvant mieux réagir aux fluctuations de la demande, et stimulante,
car permettant un développement économique régional.
De même que pour les producteurs, l’économie sociale doit
analyser le comportement des consommateurs autrement que d’après
les seuls critères de l’économie classique.
Il faut tout d’abord considérer le niveau de pauvreté
: pour atteindre les plus pauvres, il faut s’assurer que leur voix est
entendue lors de toute étude d’activités, de contrôle
et d’évaluation. Mais la pauvreté ne se mesure pas selon
des critères traditionnels : l’utilisation de repères peut
être trompeuse ; une famille de huit enfants peut habiter une maison
pauvre du fait que tous font des études secondaires.
Il faut ensuite savoir comment sont prises les décisions. Les
hommes plutôt que les femmes ; ou les vieux plutôt que les
jeunes. Afin de connaître la cible des effors de marketing.
Un écueil à
éviter !
Insistons ici sur les risques que peut entraîner un système
de subsides : en effet, lorsque la production démarre, la demande
dépasse souvent les possibilités de production, les subsides
ne sont alors pas nécessaires. Mais ils peuvent même se révéler
désastreux : imaginons un réchaud vendu, avec subsides, à
un prix de 5$. Au départ, les gens les plus riches, capables de
prendre un petit risque, achètent le réchaud. Le programme
subsidié risque alors de s’arrêter juste au moment où
les pauvres seront convaincus à leur tour que le réchaud
amélioré vaut la dépense. Mais entre temps, le prix
sera passé à 10$, hors de portée des plus démunis. |