| Association Française
des Volontaires du Progrès
La plus grande tentative reste jusqu’à ce jour celle menée
par l’AFVP entre 1989 et 1990. L’objectif de ce programme était
de diffuser le réchaud sur Port-au-Prince en ciblant tout particulièrement
le marché des "manje kwit" (petits restaurants de rue). Entamé
en collaboration avec le BME, principalement pour l’étude du modèle,
l’AFVP a ensuite mené des enquêtes auprès des ménages
et des "manje kwit" pour étudier la faisabilité et les possibilités
d’acceptation du réchaud amélioré. Les artisans, formés
par l’AFVP, produisaient le réchaud sur schéma identique
à celui utilisé pour le réchaud traditionnel. Le but
étant que ces artisans restent indépendants avec le nouveau
modèle de réchaud et surtout conservent le marché.
Dans le même esprit, l’AFVP décida également de leur
laisser faire les réchauds en réutilisant des plaques de
tôles de récupération (voitures, frigidaires,…). Six
mille réchauds ont ainsi été fabriqués et vendus
sur la période 89-90. Le programme sera arrêté au moment
de la crise de 1991.
Projets en cours
Outre l’APTECH, qui a relancé sa production depuis trois ans,
deux autres projets sont en cours : le Centre Technique Saint Joseph, de
Jérémie, a déjà diffusé plus de 500
réchauds et le projet "recho mirak" de la CARE en a diffusé
2000 et en prévoit 15.000 pour 1999. La méthode employée
est classique et similaire à celle utilisée en son temps
par l’AFVP: formation d’artisans réchauliers à la fabrication
du réchaud amélioré en recyclant, tout comme pour
le réchaud traditionnel, des tôles usagées.
Rareté des tôles
Philippe Bécoulet, actuel directeur exécutif du GTIH,
nous a expliqué quels sont selon lui les principaux obstacles, ou
"goulots d’étranglement", que tout projet de ce type est amené
à rencontrer.
Un premier problème est celui posé par les matières
premières. Dans ce cas : les tôles. Les réchauds améliorés
demandent en effet beaucoup plus de tôles que les réchauds
traditionnels. Les tôles utilisées par ces derniers sont des
tôles de récupération, provenant de drums, d’anciens
frigidaires ou de voitures usagées. Mais il n’en existe pas des
quantités illimitées. D’autant que les anciens drums en fer
sont de plus en plus remplacés par des drums en plastique. Il est
donc à craindre qu’une production massive de réchauds améliorés
n’entraîne une rareté de tôles de récupération,
donc une augmentation de leur coût en même temps qu’une baisse
de leur qualité (on a déjà vu des artisans utiliser
des tôles ondulées !) Mais il est tout autant illusoire d’espérer
réaliser ce projet en important des feuilles de tôles. Cela
grèverait le prix de la principale matière première
nécessaire à la fabrication. Ce qui n’est pas envisageable
sans de fortes subventions, elles mêmes impossibles tout autant que
non souhaitables pour un programme de diffusion à très large
échelle.
Difficulté de diffusion
Un deuxième problème important est celui de la diffusion
proprement dite du réchaud. L’artisan est en général
un mauvais commerçant. Il faut que le réseau traditionnel
de l’économie informelle - les artisans, les Mme Sara et les consommateurs
- acceptent le nouveau modèle. Mais les réticences sont nombreuses
: les commerçantes ne peuvent les transporter aussi facilement que
les réchauds traditionnels et craignent une immobilisation importante
d’argent. Quant aux consommateurs, ils ont souvent besoin d’un système
de crédit pour pouvoir s’offrir un réchaud trois fois plus
cher que l’ancien modèle.
Selon une enquête menée en 1989 par l’AFVP, 40% des cuisinières
des " manje kwit " déclaraient ne pas se soucier d’économiser
le charbon. Le coût du combustible ne représentait alors que
10% de leurs coûts totaux. Autrement dit : le passage à un
réchaud amélioré ne représentait pas une économie
suffisante pour les convaincre d’en faire immédiatement l’acquisition.
Par ailleurs, elles disent ne pas pouvoir faire des économies car
elles sont souvent pressées - donc doivent activer le feu - et aussi
parce que le charbon, souvent médiocre, ne le leur permet pas.
Tout projet doit tenir compte de l’ensemble de ces difficultés.
C’est un travail de fourmi, il faut gérer une multitude de détails
et surtout résister plusieurs années, le temps que le marché
prenne le relais de lui-même. N’oublions pas que le réchaud,
qu’il soit classique ou amélioré, n’a jamais fait l’objet
d’une production industrielle classique… et ces obstacles y sont plus que
probablement pour quelque chose. |