Elles produisent
annuellement environ 1.7 millions de m3 de matériaux
dont 12% de roches, 15% de remblai et 73% de sable. Cette production représente
80% de la production nationale estimée à plus de 2 millions
de m3/an, soit une consommation de 0.30 m3/hab./an
, dans les pays industrialisés elle est estimée à
environ 4 m3/hab./an.
Ø La production
du Département de l'Ouest est fournie à 24% par les carrières
du versant Sud du Morne l'Hôpital (Laboule et Désiré),
17% par les Sources Puantes, 16% par le versant Nord du Morne l'Hôpital
(Sanatorium, Fontamara, Décayette), 14% par la Rivière Grise,
11% par le Fond Parisien, 6% par le Carrefour Dufort et 12% par les autres
régions. Il est à noter que le Morne l'Hôpital (versants
Nord et Sud) fournit à lui seul près de la moitié
de la production du Département. |
 |
Ø La production
de roches est estimée annuellement à plus de 200.000 m3
pour le Département de l'Ouest. Les roches sont prélevées
à 71% dans les montagnes (roches litées) et à 29%
dans les rivières (roches roulées). La plus grande région
productrice de roches est celle des Sources Puantes qui fournit près
de 46% de la production totale. Ces roches proviennent de l'écaillage
du versant Sud des Matheux sur une distance de 20 km de route en longeant
la Nationale no. 1, entre les Sources Puantes et Sources Matelas.
Ø La production
de granulats à Port-au-Prince et ses environs a augmenté
de 95% de 1983 à 1990. Une baisse de production de 24 % a été
enregistrée entre 1990 et 1995 (période d'embargo ). Le nombre
de carrières a augmenté de 52% entre 1983 et 1990 et de 17%
entre 1990 et 1995, malgré la baisse de production signalée
pour la même période. En fait, la production se double chaque
dix (10) ans: 455.000 m3 en 1973, 935.000 m3 en 1983
et 1.700.000 m3 en 1993. La même tendance a été
observée pour la consommation du ciment: 127.000 tonnes en 1973,
262.000 tonnes en 1983 et environ 750.000 tonnes aujourd'hui .
Ø Le tiers des
exploitations de carrières à Port-au-Prince se fait par voie
semi-mécanisée (chargeur, bull-dozer). Elles accusent une
produc-tion supérieure à 150 m3/j et four-nissent
près de 70% de la production de la région. Les autres deux
tiers sont des carrières artisanales à faible production
(20 à 150m3/j) exploitées en sous-cavage et de
façon anarchique avec des outils rudimentai-res ( pics, pelles,
pioches).
Tableau
1: Production journalière moyenne des carrières du département
de l'Ouest (BME mars 1997)
|
Aires d’exploitation
|
Sables
(m3)
|
%
|
Roches
(m3)
|
%
|
Remblais
(m3)
|
%
|
Total
(m3)
|
%
|
| Versant
Sud Morne l’Hopital |
1072
|
26
|
96
|
14
|
188
|
23
|
1356
|
24
|
| Versant
Nord Morne l’Hopital |
832
|
20
|
22
|
3
|
21
|
3
|
875
|
16
|
| Carrefour
Dufort |
344
|
9
|
2
|
--
|
--
|
--
|
346
|
6
|
| Sources
Puantes |
659
|
16
|
324
|
46
|
--
|
--
|
983
|
17
|
| Fond
Parisien |
588
|
14
|
4
|
--
|
--
|
--
|
592
|
11
|
| Morne
à Cabrits |
125*
|
3
|
--
|
--
|
--
|
--
|
125*
|
2
|
| Rivière
Grise |
174
|
4
|
75
|
11
|
510
|
62
|
759
|
14
|
| Montrouis |
125*
|
3
|
--
|
--
|
--
|
--
|
125*
|
2
|
| Tapion/Fond
doux |
80*
|
2
|
--
|
--
|
--
|
--
|
80*
|
1.5
|
| Rivière
Froide |
--
|
--
|
80*
|
11
|
--
|
--
|
80*
|
1.5
|
| Autres |
100*
|
3
|
100*
|
15
|
100*
|
12
|
300*
|
5
|
| TOTAL |
4099
|
100
|
703
|
100
|
819
|
100
|
5621
|
100
|
(*
valeur éstimée)
Situation des exploitants
Ø Plus
de 95% des carrières sont exploitées par des personnes physiques,
propriétaires du sol ou liées aux propriétaires par
des contrats d'affermage.
Ø Aucun des
exploitants ne détient un permis d'exploitation comme le réclame
l'article 6 du décret du 2 mars 1984 réglementant les exploitations.
Situation du transport
Dans le Département
de l’Ouest, le nombre moyen de transporteurs à fréquenter
quotidiennement les zones d’exploitation est de 703. 25% de ces véhicules
sont des "canters" de capacité inférieure à 5 m3
et 75% sont des camions de plus de 5 m3 (jusqu'à 16 m3).
Environ 38% de ces véhicules effectuent plus d’un voyage ou d’un
chargement dans une carrière ou dans plusieurs zones d’extraction,
d’où la difficulté de donner avec précision le nombre
exact de camions s'adonnant au transport et au commerce du sable. Toutefois,
le flux journalier moyen de transport de matériaux de carrières
est estimé à 971 aller à vide dans les carrières
et à 971 retours chargés, soit un total de 1942 camions /jour.
Le flux de transport le plus
élevé à été enregistré à
Laboule. En effet, la route de Pétion-Ville/Laboule reçoit
quotidiennement 33% des véhicules assurant le transport des matériaux
.
Ø Le Carrefour Shada,
à La Plaine du Cul-de-Sac, est le point de convergence des camions
en provenance des Sources Puantes, Découverte, Morne-à-Cabrits,
Fond Parisien et Rivière Grise. Le tronçon qui mène
au centre-ville reçoit quotidiennement 40% des transporteurs.
Ø La flotte
des transporteurs de sable dans le Département de l’Ouest utilise
près de 20% du gasoil consommé par le transport routier national,
soit l’équivalent de 3 millions de dollars américains/an.
Situation Socio-économique
Les matériaux
extraits se sont avérés des produits de base indispensables
à l’économie. Ils assurent à tous des services en
raison de leurs utilisations dans les secteurs du bâtiment et des
travaux publics. En effet:
Ø D’après
l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique (IHSI), la branche
d’activité Bâtiments et Travaux Publics (BTP) a subi des accroissements
de 17.2% en 96 et de 11.4 % en 97. Le BTP a représenté plus
de 10 % du PIB en 96 et 11.5 % en 97. Rappelons que le taux de croissance
du PIB en volume a été de 2.8% en 96 et de 1.1% en 97, accroissement
dû en grande partie à la branche BTP.
Ø La valeur
ajoutée de la branche Industries extractives cons-tituée
en grande partie de sable et de roches a enregistré une hausse de
près de 9% en 96 et de 10.5% en 97.
Ø Le commerce du sable
est une activité lucrative car l’exploi-tant d’une carrière
artisanale ne supporte aucun coût d’exploitation, il partage les
revenus de la vente avec les piocheurs et ne paie aucune taxe à
l'Etat haïtien.
Ø Un propriétaire
de carrière non mécanisée est assuré d’un revenu
journalier de 150 à plus de 600 gourdes.
Ø Plus de 180.000
gourdes de salaire sont distribuées chaque jour aux piocheurs et
aux pelleteurs. Ceci représente un revenu annuel total de plus de
50 millions de gourdes.
Ø Un travailleur
gagne au minimum 20.00 gourdes par char-gement d’un camion de 5 m3.
S’il arrive à charger seulement deux (2) camions au cours d’une
journée, il réalise déjà un montant supérieur
au salaire journalier fixé par la loi qui est 36.00 gourdes.
Ø En 1973, le
m3 de sable se vendait à 4.00 gourdes à la carrière,
en 1983 il était à 5.00 gourdes, en 1993 à 10.00 gourdes
et aujourd’hui à plus de 50.00 gourdes.
Ø Les matériaux
exploités sont vendus au point d’extraction pour un montant de plus
de 250.000 gourdes par jour, soit un chiffre d’affaires annuel de plus
de 75 millions de gourdes.
Ø La production
journalière est livrée sur des chantiers par des camions
et vendue pour un montant de plus de 1.3 millions de gourdes soit un volume
annuel de vente de plus de 400 millions de gourdes à la livraison.
Il est à noter que c’est le transport des matériaux qui coûte
cher ( 5 fois le prix d’achat).
Ø L’exploitation
des matériaux de carrières n’est sujette à aucune
taxation.
Ø Dans un pays
où le taux de chômage est supérieur à 70% l’ouverture
d’une carrière est devenue une source d’emplois, où il est
possible d’em-baucher directement 5 à 20 personnes par carrière
et où le commerce informel de nourriture se crée automatiquement
Ø Dans le Département
de l’Ouest, entre 3.000 et 4.000 individus vivent directement de l’exploitation
des carrières. Ils sont utilisés à titre de piocheurs,
pelleteurs, contrôleurs et conducteurs d'engins.
Ø Une région
en exploitation peut rendre des services à la population qui utilise
par exemple les camions de sable pour le transport des écoliers
et de l’eau où il n’existe pas de transport public et de réservoir
d’eau potable.
Tableau
2 : PIB en milliers de gourdes de 1976 suivant les secteurs liés
à la construction (Source IHSI)
| BRANCHES
D’ACTIVITES |
1992 - 1993
|
1993 – 1994
|
1994 – 1995
|
1995 -1996
|
1996 –1997
|
| Industries
extractives |
6555
|
6021
|
7356
|
8074
|
8922
|
| Bâtiments
et Travaux Publics |
318138
|
303048
|
398230
|
466769
|
520272
|
| PIB
au prix du marché |
4525046
|
41501189
|
4334338
|
4451111
|
4502116
|
Situation environnementale
L'exploitation des
matériaux de carrières est conduite généralement
de façon anarchique et sauvage dans le mépris total des règles
techniques mêmes élémentaires. Dans le Département
de l’Ouest et surtout dans la région métropolitaine où
l’on rencontre plus de 75% des carrières, l’impact sur l’envionnement
est particulièrement néfaste:
v Défiguration
des paysages de mornes entourant la capitale.
v Accélération
de l’érosion en zone sensible.
v Nombreux accidents
dûs à une technicité des exploitations trop rudimentaire
(éboulements et glissements de terrain).
v Difficultés
futures de remise en état des carrières après une
exploitation anarchique.
v Erosion de berges
et perturbation du régime des eaux d’étiage et de crues par
les gravières installées dans le lit des rivières.
v Risques d’accidents
dûs au transport des matériaux.
v Pollution de l’air,
détérioration des chaussées et entreposage anarchique
des matériaux sur la voie publique.
L’évaluation de la
dégradation de l’environnement résultant de l’impact de l’exploitation
des carrières est bien évidemment très difficile à
chiffrer, en particulier dans les conditions économiques actuelles
où elle n’est vraiment perçue que par les habitants des résidences
environnantes et par les touristes. Toutefois, l’image négative
de ces carrières qui blessent les mornes visibles de la capitale
accentue le sentiment d’une dégradation générale de
l’environ- nement et nuit à l’image de marque touristique de Port-au-Prince.
Outre ces conséquences
générales reconnues désastreuses pour l’environnement,
il existe encore des problèmes particuliers à chaque zone
d’exploitation et qui méritent des solutions urgentes, vu l’ampleur
des dégats constatés.
Que
faire face à de tels constats?
Ces données fournies
dans ce panorama nous amènent à considérer les carrières
tantôt comme une richesse tantôt comme une plaie. Il importe
aujourd'hui de se tourner vers l'avenir car dans dix (10) ans encore, suivant
l'impulsion donnée au développement des infrastructures,
la consommation de granulats va doubler ou même tripler. Si rien
n'est fait maintenant, le nombre des transporteurs subira certainement
une augmentation et il sera de plus en plus difficile de circuler sur les
principales artères de la région mé-tropolitaine sans
être inquiété par ces "poids lourds". On continuera
à assister avec impuissance aux pertes de vies humaines dues aux
éboulements enregistrés dans les carrières. Et l'environnement
continuera bien sûr à se dégrader et notre pays, à
se désertifier au point que ces ressources naturelles non renouvelables,
mal exploitées et gaspillées, vont commencer à se
raréfier avec toutes les consé-quences qu'une telle pénurie
peut entraîner sur le secteur Bâtiment et Travaux Publics.
Le Bureau des Mines et
de l'Energie dont l'une de ses missions principales est de promouvoir
la recherche et l'exploitation des ressources minérales et énergétiques
d'Haïti, lance un appel à tous les concernés et les
enjoint à appliquer des méthodes rationnelles permettant
une meilleure gestion des matériaux, des carrières et de
l'environnement.
La Politique nationale en
ma-tière d'exploitation, de transport et de commercialisation des
matériaux de carrières se veut un instrument régulateur
visant à CONCILIER LE DEVELOPPEMENT DES INFRASTRUCTU-RES
ET LA PRESERVATION DE L'ENVIRONNEMENT. Les objectifs fondamentaux de
cette Politique sont de:
Assurer une meilleure gestion
des réserves disponibles
Veiller à ce que les carrières
soient exploitées de façon rationnelle dans les zones autorisées
par l'Etat
Assurer, dans les meilleures
conditions possibles, la continuité des approvisionnements du marché
des matériaux
Veiller à ce que les inconvénients
et nuisances, les risques d'accidents dûs aux exploitations et au
transport soient réduits à un niveau aussi faible que possible
Veiller au rapport qualité/prix
au bénéfice des utilisateurs
Sauvegarder l'environnement en
faisant procéder à la réhabilitation des carrières
abandonnées ou en cours d'exploitation
Les stratégies de
cette Politique seront définies dans un Plan directeur conçu
par le Bureau des Mines et de l'Energie mais reflétant les préoccupations
de l'Etat haïtien et du secteur privé lié aux différents
secteurs de la construction.
Il est indispensable
en vue de préserver et de
protéger nos ressources et notre environnement
|