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    Bulletin quadrimestriel de la Care-Haïti  et du Bureau des Mines et de l'Energie  Août    2004
numéro 17
 Revue Synergies

Nous  prenons plaisir à annoncer que le thème de la  prochaine édition de Synergies sera: "Résumé du rapport d'évaluation du Projet : Substitution d'energie pour la Protection de l'Environnement"

Ce bulletin est publié grâce au support financier de l'USAID et de la CARE-Haïti 

Pour une implication des groupes organisés de la société dans la conservation et la substitution énergétique, Par Robinson Moise, CARE-Haiti <> 

Introduction
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L
a situation alarmante de l’environnement en Haïti exige l’application de ce vieil adage : « Aux grands maux les grands remèdes ». En effet, la superficie du pays couverte en forêts a connu une chute vertigineuse en passant de 20% en 1956 à moins de 2% aujourd’hui ; d’où une perte de plus de 18% en moins d’un demi-siècle. Plusieurs causes sont à la base de la déforestation du pays, mais tous sont unanimes à reconnaître que la récolte de bois pour la satisfaction des besoins énergétiques des ménages et des petites entreprises constitue le principal facteur. <> 

Pour résoudre ce problème qui menace de faire disparaître totalement la couverture forestière du pays dans les deux prochaines décennies si aucune mesure n’est prise, il faudrait en même temps l’implication de tous les secteurs de la vie nationale avec l’assistance de la communauté internationale. Le but de cet article consiste à faire des considérations relatives à l’apport de certains secteurs et groupes organisés de la société haïtienne dans la lutte contre la désertification du pays.
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Justification de l’implication de tous les secteurs
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La principale raison qui nous pousse à croire que tous les secteurs doivent s’impliquer dans les solutions à apporter à la dégradation de l’environnement est simple : nous vivons tous de l’environnement, nous sommes tous menacés par les conséquences négatives provoquées  par l’absence d’arbres et de végétation dans l’environnement haïtien. Donc il s’agit avant  tout d’une question de survie, une question de vie ou de mort, une question humaine tout court!
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A part cette raison qui est fondamentale, il y en a d’autres qui méritent d’être prise en compte ici. Les expériences faites dans le cadre de la conservation et de la substitution énergétique – deux solutions proposées pour la préservation des nos arbres- ont montré qu’il faut une approche intégrée de tous les groupes, l’Etat,  le secteur privé, les organismes de développement, les associations de la société civile, les institutions financières, etc. Etant donné que le problème est multidimensionnel, la résolution à y apporter doit l’être également .    Le problème comporte  à la fois une  dimension  économique, sociale, culturelle, foncier , légale, etc. Chaque acteur peut et doit apporter sa contribution en fonction de ses moyens, de ses limites et surtout  de son champ d’action.

L’implication des institutions financières

<>Le crédit est l’un des leviers qui permettra d’inciter les ménages et les entreprises à adopter des équipements énergétiques efficients. Le plus souvent, les utilisateurs de bois ou de charbon de bois sont bien imbus des conséquences de l’utilisation abusive de ces combustibles ligneux, mais ils sont limités quand ils doivent faire un choix vers les combustibles modernes. La mise en place de lignes de crédit, de fonds de garantie, d’un programme de financement- direct ou indirect- par les institutions financières faciliterait grandement la substitution énergétique. Le financement des producteurs et vendeurs d’équipements (à des taux privilégiés) est  donc  souhaitable. <> 

Toutefois, nous ne saurions être simpliste en croyant que les institutions financières privées vont agir (comme nous le souhaitons) sans l’intervention d’autres acteurs financiers jouant le rôle d’incitateur. C’est pourquoi il serait aussi nécessaire que l’Etat (soit à travers la Banque Centrale, ou d’autres structures du gouvernement ), les institutions financières de développement (haïtiennes ou étrangères), interviennent sur le marché en proposant des fonds de garantie ou des fonds pour le crédit destinés à la  protection de l’environnement. Les mécanismes de crédit à mettre en place feront l’objet d’un autre article.
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La presse
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La presse est souvent présentée en Haïti comme un quatrième pouvoir après les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Cela se justifie quand nous savons le rôle joué par ce secteur depuis plusieurs décennies surtout dans le domaine politique. De plus, les gens écoutent la radio, lisent les journaux, regardent la télé; les éditions de nouvelles sont très prisées et la population est très réceptive au discours des journalistes et présentateurs. Si l’implication de la presse a toujours servi à renverser certaines situations politiques, nous croyons également que ce secteur peut aussi jouer un rôle moteur dans la lutte pour la protection de l’environnement. Mise à part la population, la presse peut amener les dirigeants, les décideurs, les bailleurs de fonds, à se tourner vers ce problème qui a non seulement trop duré, mais qui continue à s’accentuer  de jour en jour. <> 

Malheureusement, nous entendons parler de l’environnement, des problèmes liés à l’énergie domestique toutes les fois qu’une catastrophe naturelle frappe le pays (comme c’était le cas au moment des inondations de Fonds-Verretes et de Mapou de mai 2004), qu’une pluie diluvienne cause des dégâts dans  nos rues et nos routes, etc. Ce qu’il faut déplorer c’est le manque de continuité dans la sensibilisation de la population et des dirigeants, décideurs et bailleurs de fonds, sur une question aussi importante. Nous espérons que des émissions soient produites et diffusées, non pas une ou deux fois par année, mais de manière continue dans le but de cerner ce problème dans ses différents aspects.
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Les enseignants
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Dans toute société, les enseignants sont pour la population ce que le semeur est pour l’agriculture. Ce qu’ils sèment à l’esprit des enfants, des jeunes et des adultes c’est ce qui va se développer et donner des fruits. Nous admettons tous que si l’éducation environnementale faisait  partie des curricula de nos écoles, la chance d’avoir, à l’avenir, un pays où l’environnement est préservé serait augmenté. Nous répétons toujours : «Jeunes d’aujourd’hui, adultes de demain » ! C’est vrai que si nous éduquons aujourd’hui les générations montantes sur les problèmes en rapport à l’environnement, ils seront demain des adultes éduqués et sensibilisés et agiront en conséquence. De plus, cela aura des effets d’entraînement car ceux-ci vont transmettre inévitablement les habitudes et connaissances acquises à leurs enfants. <> 

Mais à plus court terme, l’implication des enseignants dans la lutte pour la préservation de l’environnement permettrait aux parents d’être touchés par leur message ; les enfants amènent à la maison ce qu’ils apprennent à l’école et commentent avec leurs parents ce que l’enseignant leur a appris et  encourage ceux-ci à les appliquer dans leur gestion quotidienne. Imaginons l’impact de ces millions d’élèves et étudiants depuis le jardin d’enfants jusqu’à l’université, en passant par le primaire et le secondaire ! 
Nous invitons, donc  les enseignants, les directeurs d’écoles, les professeurs d’université à aménager  dans leurs cours une place pour l’environnement, pour la conservation et la substitution énergétique. Sinon, nous risquons d’être jugés par les générations à venir pour « déni d’éducation » tout comme la presse pourrait accusé de « déni d’informations ». <> 

Les associations professionnelles et organisations de droits humains
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Ici, nous faisons référence aux associations de juristes, d’économistes, des organismes de défense de droits humains, aux associations médicales, etc. Comme nous l’avons dit, la raison fondamentale qui justifie l’engagement de tous les secteurs dans la lutte et vers un même but qui est la protection de nos arbres et la reforestation du pays est une question de survie, une question de vie ou de mort, une question d’humanité. Par ailleurs, nous avons affirmé que le problème est multidimensionnel, la solution doit l’être également. <> 

Les associations professionnelles et organismes de droits humains peuvent, comme les autres acteurs de la société, contribuer à renverser la vapeur. Chaque groupe de professionnels peut poser le problème en  rapport avec son champ de compétence et de ses propres intérêts  et faire des recommandations à la population, aux dirigeants, décideurs et bailleurs. A titre d’exemple, les économistes pourraient opiner sur la question de la substitution qui aura des impacts sur la balance commerciale du pays, tout en comparant ces impacts par rapport à la menace d’une déforestation totale du pays. Ils peuvent analyser également la proposition faite par plus d’un sur des avantages fiscaux aux importateurs d’équipements énergétiques favorisant la substitution du bois et du charbon de bois comme sources d’énergie, sur des alternatives économiques à offrir aux producteurs de charbon pour abandonner cette activité qui, il faut l’avouer, est leur principale source de revenus.
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En ce qui a trait aux associations de juristes et des organismes de droits humains, ils peuvent réfléchir sur des instruments légaux en faveur de l’environnement tout en tenant compte de l’intérêt de chacun des secteurs (producteurs de charbon, importateurs, utilisateurs). Quand nous savons que le droit humain ne se résume pas à la politique, mais aussi aux droits économiques, au droit de vivre dans un environnement sain qui protège la vie des citoyens, les organismes de droits humains peuvent contribuer à faire un plaidoyer auprès des instances concernées, pour l’adoption de politiques bénéfiques pour l’environnement et pour la population. Sinon, il seront accusés –cette fois nous n’empruntons pas le terme à la justice- pour déni de justice.   D’autres types d’associations (médicales, de femmes, etc.) peuvent être utiles pour la sensibilisation de leurs membres ainsi que de la partie de la population en contact avec eux.  
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Les organisations non gouvernementales
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Les ONG peuvent, à côté des autres secteurs, jouer un rôle important dans la promotion des énergies alternatives. Etant donné qu’elles sont à vocation développementiste et sont en contact soit directement soit indirectement avec la populaion, elles peuvent impliquer leur population cible dans le processus et peuvent servir de courroie de  transmission des messages et matériels de sensibilisation.
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En plus de leur participation dans des activités de sensibilisation, les ONG peuvent aussi apporter des fonds  soit pour le financement d’activités de recherche, de promotion, de formation, soit pour subventionner la production et/ou la vente (suivant l’orientation qu’on veut donner à la substitution énergétique à l’échelle nationale).    Nous avons  déjà parlé plus haut, de la nécessité de mettre à la disposition des institutions financières des fonds de garantie ou des fonds de roulement leur permettant d’octoyer des financements à des taux privilégiés dans le but d’inciter les ménages et les petites entreprises à adopter des équipements susceptibles de favoriser la protection de l’environnement.  Les ONG internationales peuvent servir d’intémédiaire pour des échanges de technologies énergétiques entre leur pays d’origine  et Haiti. Ceci permettrait d’aller plus vite et éviterait  de “réinventer la roue”. Des assistances non monétaires telles que le don ou la vente à  prix réduits d’équipements, la formation de techniciens, etc.  seraient  aussi les bienvenues.
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Les associations patronales et les employeurs
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Les associations patronales et les employeurs ont et doivent apporter leur contribution dans la promotion de l’utilisation des énergies alternatives. Il est prouvé que l’une des plus grandes contraintes à la substitution énergétique est le manque de moyens des ménages et les petites entreprises pour  couvrir les coûts de premier investissement pour l’acquisition des équipements.   Selon des études réalisées, le coût des combustibles n’est pas la principale contrainte, mais plutôt le prix des équipements. C’est ainsi que les associations patronales et les employeurs peuvent  encourager leurs employés à adopter des équipements alternatifs soit en  garantissant des prêts auprès d’institutions financières soit en finançant les acquisitions pour leurs employés et des prélèvements périodiques  seraient faits sur les salaires. Dans ce cas, et le patron et l’employé n’aura rien à perdre; pour le patron c’est un financement sans risque étant donné que les montants requis pour l’achat d’un réchaud, que ce soit à gaz propane que ce soit à kérosène pour un ménage , dépassent  rarement les prestations légales à donner aux employés  après plusieurs années de service, en cas de cessation du contrat de travail. Si l’employé décide de partir, pour une raison ou pour autre, le montant total de la balance non remboursée serait retenue par l’employeur.    Ce mécanisme serait aussi avantageux pour l’employé qui trouve des moyens “légers” pour acheter un nouvel équipement qui lui permet de faire des économies de combustibles, donc d’argent, de temps, qui limite certains risques de maladie associés à l’utilisation des combustibles ligneux (troubles respiratoires, problèmes dermatologiques, etc.), et par dessus tout,  l’employé apporte sa contribution à la protection de l’environnement, un impératif de l’heure en ce sens que cela réduit sa vulnérabilité face aux inondations et autres catastrophes naturelles.
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Conclusion
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Tout au long de cet article, nous avons voulu  émettre l’idée que tous les secteurs peuvent et doivent être impliqués dans le processus de conservation et de substitution énergétique,  dans la reforestation du pays et dans la préservation de l’environnement. Nous ne prétendons pas couvrir tous les secteurs  de la société haïtienne, car nous n’avons pas parlé de l’importance des leaders et partis politiques,  des organisations religieuses, des syndicats, etc. dans la question environnementale, l’espace alloué à cet article ne suffit pas. Nous souhaitons le faire dans  une autre circonstance.     Cependant, nous croyons que chaque acteur doit réfléchir pour déterminer ce qu’il doit faire pour l’environnement et pour lui-même. La population dans son intégralité a son rôle à jouer ; il nous faut agir vite et bien pour éviter qu’il ne soit  trop tard !   Les cas d’inondations et de glissement de terrain enregistrés dans le pays au cours des dix dernières années sont des preuves que nous sommes tous menacés.
Editeur responsable : Mildred D. Régis
Auteurs: Robinson Moïse, Wilfrid St-Jean
Conseiller technique: Bétonus Pierre 
Edition Internet: Wilfrid Saint Jean 
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  Robinson Moïse/ Wilfrid Saint-Jean
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Port-au-Prince Haïti
09/01/05
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