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    Bulletin quadrimestriel de la Care-Haïti  et du Bureau des Mines et de l'Energie  Avril    2004
numéro 16
 Revue Synergies

Nous  prenons plaisir à annoncer que le thème de la  prochaine édition de Synergies sera: "Plaidoyer en vue d' influencer la politique nationale en matière de substituts énergétiques aux combustibles ligneux"

Ce bulletin est publié grâce au support financier de l'USAID et de la CARE-Haïti 

Expérience d’utilisation du charbon de bois et des équipements de substitution dans les ménages haïtiens, par Lesly Dumont de  Energie Alternative<>

Efforts de promotion consentis ces dernières années


<>Durant ces dernières décennies, des efforts ont été accomplis par différents organismes en Haïti pour promouvoir les équipements n’utilisant pas le charbon de bois comme combustible. L’objectif visé est, à travers la réduction de l’utilisation de ce combustible, freiner la déforestation de nos montagnes, fortement déboisées, la coupe de bois pour le feu constituant un facteur non négligeable dans ce processus.

<>Ces organismes ont dirigé leurs efforts dans principalement deux directions :

- la conception et la mise sur le marché de réchauds et de fours destinés à remplacer les  équipements traditionnels en usage.<>

- Des campagnes de sensibilisation sur la problématique de la déforestation, de l’érosion et finalement de l’apport bénéfique  de ces équipements.

Dans ce sens, il est intéressant de constater la collaboration existante entre les instituions étatiques et celles de la société civile dans ce domaine.  En effet les ONG jouent un rôle très actif en proposant de nouveaux modèles dans des foires et des démonstrations organisées le plus souvent par elles et dans des campagnes publicitaires.

Parmi les équipements proposés nous distinguons une catégorie  utilisant des combustibles pétroliers (kérosène, GPL) en remplacement du charbon de bois, et une autre qui comprend les réchauds améliorés, dont le processus de combustion a été revu pour une utilisation plus efficiente du charbon et ainsi diminuer la quantité utilisée. Dans les deux cas des efforts ont été réalisés en vue  d’offrir un  matériel moins sophistiqué et  meilleur marché que les équipements de cuisson utilisé dans les pays développés.

Conséquence de la conjoncture économique sur ces efforts

<>La dégradation de la situation économique a laissé des marques profondes et porté un coup sévère à ces différents programmes. Le niveau élevé d’inflation  (plus de 30%) de ces dernières années a provoqué une augmentation substantielle des prix de vente des fours et des réchauds, certains modèles ayant même doublé de prix. Les salaires des ménages n’ayant pas été ajustés, il s’en est suivi une détérioration énorme du niveau de vie. Et à ce tableau déjà sombre s’est ajouté une hausse considérable du prix des hydrocarbures sur le marché mondial, le baril de pétrole passant de $US15 il y a de cela 10 ans à $40 aujourd’hui. La répercussion sur le marché national s’est traduite par des prix multipliés environ par 3 pour les hydrocarbures. <> 

Face à une telle situation les scénarios économiques présentés aux acheteurs pour les encourager à investir dans ces équipements se sont révélés relativement irréalistes. Les prix du kérosène et du propane ont eu un effet dissuasif sur l’achat des équipements?????. En plus, la menace de pénurie vécue à maintes reprises ces derniers temps contraint à prévoir une réserve d’hydrocarbures pour contrer ces aléas.
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Nécessité de redéfinir une stratégie
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Tous les effets désastreux mentionnés avant obligent les organismes faisant la promotion de solutions alternatives au charbon de bois à redéfinir leur stratégie s’ils veulent ne pas se cantonner à des recherches  purement de laboratoire et avoir un impact réel sur les habitudes de la population.  D’abord aux deux stratégies définies au début il serait intéressant de se pencher sur la production systématique de bois pour la fabrication de charbon : recherche de variété à croissance rapide et à haut rendement énergétique ; industrialisation de la chaîne de production et de commercialisation du charbon de bois.    Cette stratégie peut paraître aberrante au premier regard. Cependant elle a le mérite de ne pas mettre le pays totalement à la merci du marché mondial des hydrocarbures pour un élément aussi vital que l’énergie. Dans une Haïti dépendant exclusivement des hydrocarbures pour la cuisson, une pénurie aurait des conséquences funestes, horrifiantes, pour la population, la famine frappant à notre porte pour manque de combustible.


<>Mettre le consommateur en avant

Toute stratégie visant à modifier notre comportement vis à vis des combustibles devra mettre au premier plan le consommateur et non comme c’est le cas actuellement les soucis de l’environnement. Plusieurs raisons plaident en faveur de cette approche :

<>Prise en compte de l’aspect économique

Comme nous l’avons mentionné plus haut, le prix des produits pétroliers varient considérablement sur les marchés haïtien et mondial. Une bonne partie de la population ne peut se permettre d’investir d’un coup environ cinq cents gourdes pour l’achat de combustibles sans que cela n’affecte pas grandement son budget. A titre de comparaison, un enseignant touche un salaire de Gdes 2000.00 par mois, ou encore cela représente un mois de scolarité pour un enfant. Au prix du combustible vient s’additionner le problème de l’investissement élevé pour le réchaud ou le four à gaz.

<>Donc le choix d’opportunité est nettement défavorable aux équipements de substitution.

L’utilisation d’équipements électriques aurait l’avantage de palier à ces contraintes. Cependant le niveau d’électrification est tellement faible qu’une telle solution est tout simplement inenvisageable.

Accessibilité aux équipements

Notre réchaud traditionnel, de même que le charbon de bois, peut être trouvé et acheté dans quasi tous les points du territoire haïtien. Cette situation est normale car il s’agit de produits stratégiques pour tout foyer. Ceci est loin d’être le cas pour les fours qui font figure d’objets de luxe. Lorsqu’on observe les difficultés que confrontent régulièrement certaines zones du pays pour être approvisionné en carburant, vu le mauvais état de notre infrastructure routière, on peut facilement déduire que le gaz propane n’est pas partout accessible et que les heureux élus qui en possèdent doivent être en mesure de stocker le produit, coût d’immobilisation s’additionnant à l’investissement vu précédemment.

<>L’amélioration de la technologie pour les réchauds traditionnels serait plus facile à implémenter sur une large échelle. La fabrication des réchauds étant déjà assurée localement, il s’agit alors de populariser auprès des artisans les méthodes d’amélioration qui seraient incorporées ensuite au produit. Plusieurs organismes de la société civile ayant une bonne expérience dans le domaine du marketing (par exemple Kapòt Pantè) leur concours aurait été apprécié pour approcher les artisans et divulguer les améliorations. Parallèlement une industrialisation de la fabrication des réchauds améliorés provoquerait un phénomène de mimétisme avec effet boule de neige, semblable à celui que nous observons pour les jus en bouteille.

Répercussion macro-économique

<>Au troisième paragraphe nous avons esquissé le scénario qui nous guette à moyen terme avec la substitution complète par les hydrocarbures. La promotion des réchauds améliorés, tout en évitant une fuite de devise, apporterait un perfectionnement de nos artisans qui s’approprieraient ainsi une nouvelle technologie. Cet aspect formation s’accompagnerait d’une valorisation de leur activité semblable à celle intervenue pour les matrones dans le domaine de la santé. La reconnaissance de l’apport de ces dernières a permis de mieux les intégrer dans le circuit sanitaire et les a rendu plus sensibles et parallèlement plus efficaces malgré les le caractère limité de leur champ d’intervention.

La culture intensive du bois pour la production de charbon, outre son apport économique direct, aurait aussi une incidence sur un tout autre domaine : celui du bois pour la construction et l’ébénisterie. Son succès créerait des émules dans ces 2 domaines qui pourraient envisager de s’emparer d’une part importante de notre marché. Toute une nouvelle industrie s’organiserait autour du bois.

Impact sur l’environnement

<>La valeur économique immédiate pouvant être tirée du bois encouragerait les particuliers à planter, non  pour une préoccupation purement intellectuelle et abstraite dans le court terme, mais pour le profit en espèce sonnante et trébuchante. L’effet reste pourtant le même : nous reboisons.

En mathématique, pour résoudre certains problèmes on passe par l’absurde. Pour contrecarrer certains incendies de forêt, les pompiers allument d’autres incendies qu’ils contrôlent. La stratégie proposée s’y apparente et contribuerait à résoudre, en partie, le problème écologique produit par le déboisement. Nous ne serons pas les premiers à avoir essayé une telle solution. D’autres pays l’ont réussi avant nous et nous devons tirer profit de leur enseignement.

Editeur responsable : Mildred D. Régis
Auteurs: Robinson Moïse, Wilfrid St-Jean
Conseiller technique: Bétonus Pierre 
Edition Internet: Wilfrid Saint Jean 
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  Robinson Moïse/ Wilfrid Saint-Jean
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08/01/05
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